J'ai enfin terminé Deadwood
et je suis triste comme l'automne.
La fin de la troisième saison va pour clôturer un chapitre mais pas toute la saga. HBO n'a pas donné le feu vert pour une quatrième tournée, ni pour deux téléfilms qui apporteraient la "vraie" fin. On nous laisse donc dans le 36ème dessous, avec tous les personnages soumis à la force brute du milliardaire Hearst, sans perspective de rémission.
J'ai pu accepter la blessure humiliante infligée à Al - ça fait partie des risques qu'il s'est choisi - mais pas le sort de la Veuve dont Hearst saccage la vie sans l'attaquer directement. A travers elle, c'est tout l'équilibre du Camp qui est détruit.
la spoliation de la Veuve est insupportable
Mais revenons au début.
Je vivais encore avec Madame quand j'ai commencé à regarder Deadwood. Avec notre séparation et l'installation avec Celle que j'aime, poursuivre la série faisait partie des projets toujours remis à plus tard. La deuxième saison m'avait laissé un sentiment mitigé. Je crois que je n'aurais pas continué la troisième si je n'avais pas vu les DVD par hasard chez Ingrid.
Deadwood n'a jamais fait partie de mes favorites (Les Sopranos, Six Feet Under, The Shield), mais comme Carnivale, elle avait d'immense qualités qui maintiennent l'intérêt malgré quelques éléments boiteux. Ce n'est que sur l'épisode final de la deuxième saison qu'elle m'a réellement conquis pour ne plus me lâcher jusqu'à la fin.
Quand, comme moi, on a bouffé du western pendant toute sa vie, Deadwood fait l'effet d'un ovni.
Il faut accepter le concept de base - faire cohabiter une représentation hyper-réaliste et des dialogues théatralisés au maximum, du Shakespeare dans la boue. Pas facile. Ce sont d'ailleurs les déséquilibres de la formule qui ont failli coûter mon intérêt quand tout devenait trop bavard.
Il faut aussi accepter l'approche: Deadwood n'aborde l'Ouest ni sous son angle classique, le mythe, ni sous l'angle contestataire des années '60-'70, la négation de ce mythe. A la manière d'Al Swearengen qui, son café à la main, regarde tout le Camp depuis le balcon du Gem, Deadwood observe le fonctionnement de la communauté dans son ensemble, sans jugement moral sur le comportement de chaque individu.
Evidemment l'analyse du camp renvoie à celle plus vaste de la société américaine tout en évitant l'écueil du pensum grâce à des plongeons jouissifs dans la trivialité crasseuse (du sang, du sperme, de la boue!).
La série me laisse insatisfait mais je ne crois pas qu'elle va me manquer. Sauf Al Swearengen, l'assassin, le maquereau, l'escroc, le voleur qui comprend le mieux le fonctionnement de la communauté et qui en maintient l'harmonie avec le langage le plus ordurier de l'histoire de la télévision.
farewell, cocksucker!
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