Ca me fait mal de dire ça. J'avais adoré La Vie Sexuelle de Catherine M; c'est en confiance que j'ai jeté 20€ par la fenêtre et que j'ai perdu des heures à me laisser décevoir. Moi qui ai toujours défendu Millet contre ses détracteurs, notamment celle que j'aime qui se contente de lever les yeux au ciel dès qu'elle entend son nom.
Jour de Souffrance
se passe avant la rédaction de La Vie Sexuelle... Catherine Millet, libertine, partouzarde, vit une relation censément équilibrée avec son mari Jacques, lui-même volage. En théorie, ils se disent tout, en fait, ils ne se disent pas grand chose mais se laissent mutuellement en paix, jusqu'au jour où Catherine tombe sur une série de photos prises par Jacques, représentant une jeune femme enceinte et nue. Et là commence une longue crise de jalousie.
La crise se développe non pas sur les photos ou des faits mais sur l'idée que s'en fait Catherine. La machine à fantasmes qu'elle utilise d'ordinaire pour remplir ses moments de solitude et ses masturbations se dérègle et génère des images de tromperies, d'infidélités dont elle se sent exclue. Elle perd pied. Elle fouine à la recherche de confirmation de ses sentiments chaotiques. En clair, elle devient chiante.
Dès la page 40, je lui aurais déjà dit: "tu sais comment nous vivons, tu te remets vite le crâne en place ou ta valise est sur le palier". Son Jacques, lui, noie le poisson et ça dégénère bien.
Je ne parviens pas à comprendre comment 2 personnes éduquées, théoriquement mûres sentimentalement (ils ont passé la quarantaine au moment des faits), se laissent embourber dans une telle merdasse. Elle couche à tout va mais ne parvient pas à accepter que pendant ses absences son homme puisse aussi avoir ses expériences. Lui, qui écrit volontiers de longues lettres pleines de citations de Lacan où il affirme qu'il faut tout se dire pour que ça tienne, en fait ne dit rien, mais laisse trainer carnets de notes et photos sujets à toutes sortes d'interprétations.
Sont-ils candides?
La palme de la stupidité revient à Jacques quand il arrache une page de son journal jugée trop explicite, écrit dessus qu'il sait que sa femme fouille ses carnets et qu'il compte la mettre à l'abri, et... l'abandonne là parmi d'autres papiers. Bien sûr Catherine tombe dessus*.
Bravo. Brillant. Merveilleux.
Il faut attendre les 48 dernières pages, plus d'un an après le début de la crise, pour que Catherine Millet se décide à suivre une analyse. Enfin elle évoque le suicide de sa mère hystérique, remet sa sexualité en perspective (c'est à ce moment qu'elle rédige La Vie Sexuelle...), et tout rentre dans l'ordre.
Avant ça, on s'est payé 217 pages farcies de références à l'élite intellectuelle et artistique qui masquent mal une longue partie de jeu du plus con.
* pendant l'engueulade qui suit, Jacques déchire la page devant Catherine, comme si cela pouvait avoir le moindre effet. On continue dans le génie...
























Les commentaires récents