Mitaka - Harajuku - Ikebukuro
Mitaka
Le musée Ghibli était une des raisons de ce voyage. Il a dépassé de loin mes espérances. Certainement le plus bel endroit dédié à la création cinématographique, toutes catégories confondues.
Après un long voyage en bus et en métro, nous arrivons dans le quartier de Mitaka. A la sortie de la station, nous laissons la navette (un minibus orange couvert des silhouettes blanches des personnages du studio Ghibli) pour nous rendre au musée à pied. Nous longeons un canal bordé d'arbres. L'automne a commencé depuis deux jours, nous commençons à le sentir. La température a brusquement chuté et le ciel grisouille tristement.
A l'entrée nous sommes accueillis pas un Totoro géant gardant une guérite. Les visites sont planifiées, notre tour commence à 1130. L'endroit est magnifique. Plusieurs blocs irréguliers composent le bâtiment principal, une verdure faussement sauvage recouvre toit, murs et escaliers. Boiseries, ferrures et meubles évoquent le début du vingtième siècle, idéalisé par des couleurs vives.
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Le premier étage est consacré aux bases de l'animation. Des panoramas expliquent la profondeur de l'image, alors que plusieurs zoetropes (à miroir, à transparence, en 3D) exposent la décomposition du mouvement. Très peu d'explications didactiques mais on sent la technique par l'émerveillement du regard. Toutes les scènes reprennent des personnages du studio. Moi qui suis un rat de cinémathèque - j'ai joué avec les mêmes appareils pendant des années en attendant le début des séances au Musée du Cinéma - je suis submergé par la magie de la (re-)découverte. Le zoetrope 3D consacré à Totoro m'achève et fait monter les larmes dans mes yeux.
Nous assistons ensuite à la projection d'un court métrage, spécialement produit pour le musée. Histoire simple (une fillette part à la recherche de son chiot perdu) et animation sommaire. Cela suffit: la qualité des films Ghibli tient avant tout dans le sens de l'observation et le rendu du temps. Pendant que nous faisons la file, l'ouvreuse s'émerveille devant Regis, notre peluche. Je lui donne son nom à la japonaise ("re-djis-su"). Elle me répond "kawai".
Trois pièces du deuxième étage évoquent les étapes de la fabrication d'un film: recherche, conception visuelle, animation des personnages et tournage. Chaque pièce est un fouillis indescriptible: livres et croquis et objets s'empilent alors que plusieurs maquettes pendent du plafond. On peut toucher et consulter. Chacun y fait la visite qu'il veut. Là non plus, pas ou peu d'explications mais l'organisation (exemple parfait de faux désordre) fait entrer les notions par le plaisir de l'exploration.
Moment incongru: deux pièces reproduisent la cabane des ours de Boucle d'Or. Heu, qu'est-ce que ça fout là? Il n'y a effectivement pas plus d'explication qu'ailleurs.
Nous passons près du chat-bus géant en peluche où les petits enfants se défoulent. A ma grande tristesse, je NE peux PAS les rejoindre. Pour une raison obscure, c'est interdit au-delà d'un certain âge. Un préposé a la tâche unique de ramasser poils et peluches qui s'accumulent sur le chat-bus. Toute la journée, il ne fait rien d'autre que frotter frénétiquement avec une brosse adhésive, sans faire attention aux marmots qui l'entourent.
Passage obligé à la boutique. Et là, constat d'horreur: alors que nous avons croisé plein de goodies Ghibli le long de tout le voyage que nous avons laissé passer pensant les acheter ici, nous n'en trouvons aucune. Non pas que la boutique ne soit pas bien fournie, il y a un choix très étendu. Mais j'ai tout de même un pincement au coeur de revenir sans le miroir Gigi ou sans la toupie Totoro. Nous remplissons deux sacs de peluches diverses et de ticheurtes. J'achète le catalogue du musée qui rend très bien l'ambiance enchanteresse du lieu.
La faim nous tenaille, mais nous ne sommes pas seuls. Une immense file attend patiemment devant l'entrée du Straw Hat Café. Sur la porte une pancarte: "le restaurant est plein, veuillez faire la file". Je regarde par la fenêtre: il n'a pas l'air plein du tout, toutes les tables sont occupées oui, mais il y en a peu, et pas mal de chaises sont vides. Comme pour tout, nous faisons la file. Celle-ci avance lentement mais régulièrement. Quelques livres et le menu nous aident à patienter. Une fois installé, je comprends ce qu'ils appellent "plein". En fait le resto n'est pas seulement un endroit où manger. C'est un lieu de paix où l'ambiance a autant d'importance. Dans un Japon surpeuplé, l'espace et le calme sont un véritable luxe. Nous nous amusons à prendre quelques photos de Regis.
Celle que j'aime prend un tajine (un peu décevant) pendant que je m'empiffre d'un sandwich au porc pané. Elle se rattrape sur un immense morceau de gâteau à la fraise.
Lorsque nous nous préparons à partir une serveuse me demande en anglais d'où nous venons. Je réponds, en simplifiant, "de France". Son visage s'éclaire et elle me répond en Français qu'elle adore. Je la félicite pour son Français impeccable et je la remercie en Japonais hésitant.
Harajuku
L'après-musée s'est révélé dangereux: la foule du dimanche était de sortie et l'orage menaçait. Notre troisième passage à Harajuku nous a permis de harponner quelques lolitas goth supplémentaires. Il y avait toujours plus de photographes occidentaux que de lolitas, ce qui donnait une impression de freak show.
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Une quête ultime doit être menée: trouver un cadeau pour le neveu de celle que j'aime. Le dernier passage à Kiddy Land n'a rien donné. Ni pour elle, ni pour moi (je cherchais une figurine de Major Motoko convenable, mais il n'y avait que celle en tenue de plongée plutôt bof). Frustration + monde fou: ça sent la crise.
J'ai réussi à persuader celle que j'aime de rentrer au ryokan. La tension est contrôlée par un mélange de silence et d'initiative. Nous nous arrêtons à Seibu, où nous trouvons enfin le cadeau de celle que j'aime. Un Totoro (pourquoi chercher les complications, après tout) qui sera complété par le DVD du film. Achat d'un seul repas du soir et des billets du narita express pour après-demain.
Pour la première fois, je sens que le voyage s'étire. Nous sommes épuisés.
Ikebukuro
Nous testons la baignoire "traditionnelle" du ryokan. Celle-ci reste remplie toute la journée et est partagée par tout le monde. On garde l'eau chaude sans la changer (rappel, le bain japonais est destiné à se relaxer, et non à se laver; on se douche avant de pénétrer dedans). C'est minuscule et peu commode mais nous en profitons tout de même pour faire quelques cochonneries.
Le repas du soir se fait en deux temps. J'ai envie de manger des sushis mais celle que j'aime ne veut même pas tenter le coup: le poisson cru, ça ne passe pas. Elle mange d'abord son bento dans la salle commune (j'en profite pour finir mes cartes postales), puis nous nous rendons dans un bar à sushis proche, choisi pour la présence d'un fameux tapis roulant.
La nourriture est impec mais le plaisir est tempéré par le malaise de celle que j'aime qui bloque une place sans manger elle-même. Elle montre des signes d'impatience. Finalement elle découvre qu'il y a des sushis avec poissons cuits et tempura. Ce qui nous permettrait de renouveler l'expérience demain, ensemble.












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