Paris: l'empire des sens
Sans mentionner les débordements évidents de nos nuits qui n'appartiennent qu'à nous, voici quelques souvenirs de Paris qui imprègnent encore profondément mes sens.
- Le poids de mon sac de voyage, totalement disproportionné par rapport à la durée du séjour: matériel photo, informatique et boîte à malice, ça pèse.
- Le premier jour sur le quai de la gare du Nord, coller mon corps contre le tien, bassin contre bassin, lèvres contre lèvres, comme si nous voulions les fusionner. Ne rien dire et sentir nos désirs se rencontrer à travers nos vêtements.
- Fermer les yeux et sentir que tu m'enfiles un t-shirt dont le motif doit rester caché jusqu'à ce que je l'ai vraiment sur le dos.
- Tenir ta main partout et tout le temps. Maudire mon manteau dont je dois chaque fois remonter la manche pour profiter sans accroc de la douceur de ta main.
- Le satin d'une chemise pirate essayée au Grouft. Dommage qu'elle était trop grande. La fouille dans le bordel des vêtements de cuir et de latex en se disant que ce sera pour plus tard,mais pas tant que ça.
- La dernière caresse du dernier jour. Ma main explorait les variations sur ton corps allongé: ici meurtri, là encore frémissant et là délicieusement souillé.
- Le baiser que tu m'as déposé dans le cou à la sauvette au Paradis du Fruits. Je sentais tout ton désir qui ne serait pas assouvi. Nous devions nous séparer bientôt.
- Les changements dans le métro dont les plus longs et les plus éprouvants pour les jambes se sont mystérieusement concentrés le dernier jour.
- Le dernier jour, sur le quai de la gare du Nord, le coup violent que tu m'as donné sur la poitrine pour nous séparer de force.
- Le parfum de nos corps lavés avec les produits Kiehl's.
- Le gel enivrant - bien que pas subtil du tout - de chez Lady-Paname.
- Les odeurs synthétiques - plastique, latex, cuir - de notre cuisine infernale.
- Une légère odeur de tabac qui t'es inhabituelle; elle te donnait une saveur corsée qui ne m'a pas dérangé.
- Poser mon nez sur la tranche des Bienveillantes et retrouver la senteur unique des livres Gallimard.
- Une tarte aux pommes et un darjeeling pour affronter le fatigue et le froid.
- Sushis, brochettes et crême glacée de facture honnête mais puissamment rehaussés par l'amitié qui baignait le repas.
- Au Paradis du Fruits. Une boisson au soja et à l'abricot dont la tonicité contrastait avec la montée de la mélancolie du départ.
- Le goût amer des larmes sur ton visage.
- La voix d'une inconnue, murmure doux et sifflant, avec des élans de colère, qui m'a hantée la nuit du samedi et me poursuit encore.
- Le déclic électronique du Coolpix 7600 qui ne se reposait jamais.
- Quelques répliques absurdes: "il faut voir nounours", "le raisin sec est mon ennemi", "- toi aussi tu es paumée? - non." Et un remarquable "enfoiré", qui donnerait bien le titre à la photo prise à ce moment-là.
- Vincent Delerm qui s'invite dans mon crâne avec Quatrième de Couverture lorsque je me rend compte que je suis sur le Quai des Grands Augustins.
- Les annonces SNCF qui s'immiscaient lourdement dans nos derniers moments à la gare.
- Le spectacle de nos retrouvailles, de nos séparations ou de nos rapprochements occasionnels sur les quais de gare ou de métro, et dans les ascenseurs, qui doivent laisser une trace remarquable dans les enregistrements des caméras de sécurité.
- Bleues pour toi. Rouges pour moi. Quelques marques laissées par nos nuits furieuses.
- Les fenêtres de nos chambres dont les rideaux n'étaient jamais tirés.
- La silhouette penchée à son balcon pendant que nous... enfin... bon... bref les rideaux n'étaient jamais tirés.
- Les chambres de l'Hôtel Amour à la déco ébouriffante mais dont les miroirs étaient étrangement absents (alors que le moindre ibis vous en met un juste devant le lit, pour un hôtel de ce genre ça frise la faute professionnelle).
- M. mangeant des sushis aux oeufs de thon. Sidérant (il y a une photo).
- Le changement radical de ton visage et de ta gestuelle quand tu as pris le Coolpix pour me photographier.
- Mon corps, à travers ton regard. Ton corps à travers le mien.
Et deux expériences totales...
- A la Cinémathèque, tu m'as serré contre toi pour me murmurer tes désirs à l'oreille. A l'écran passait la scène de fin de Loulou: Louise Brooks se fait poignarder dans une étreinte amoureuse, on voit sa main délicate qui se crispe, puis qui retombe doucement. Au loin, on entendait les phrases hypnotiques du docteur Mabuse rêvant d'un empire du crime...
- Ton corps contre le mien dans le dispositif vaginal de Midnight Sea de Tabaimo. Une entrée en fente. Une salle obscure où l'on s'allonge. Et une vidéo projetée au plafond: courbes élégantes de vagues et de méduses accompagnées par le bruit de la mer. Nous sommes restés longtemps dans la répétition hypnotique de la vidéo.








Nice to meet you ;)
Rédigé par: Autre-Moi | le 17 janvier 2007 à 11:05
@Autre moi: please to meet you too :-)
Rédigé par: mtlm | le 20 janvier 2007 à 01:42